La picachanson n°46 : Creep

En cette année picassienne 2021-2022, nous vous proposons de continuer ensemble l'œuvre débutée l'année dernière : chaque dimanche (ou presque), nous découvrirons une chanson. Parce que les chansons sont le reflet de leur époque, elles transmettent et perpétuent des images de leur monde, et, par leur universalité, offrent un pont naturel avec le nôtre. Nous aborderons ainsi des chansons de tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… mais toujours en lien avec l'actualité. L'actualité du monde, l'actualité du collège, l'actualité de nos vies. Aussi, ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : pour sa deuxième saison, voici venir la picachanson !

La quarante-sixième picachanson est la plus belle du monde. En 1992, le groupe Radiohead sortait son premier single, Creep, passé totalement inaperçu. Le chanteur-leader-génie intersidéral Thom Yorke, alors totalement inconnu s’y décrivait lui-même comme un « creep », a « weirdo » : un gars bizarre, inadapté, un « taré », un « détraqué ». Du moins était-ce la vision qu’il avait de lui-même, en croisant la route d’une jolie fille, qui ne le calculait pas.

Des paroles sidérantes de justesse, une voix envoûtante, des accords lancinants joués à la guitare sèche, une batterie jouant sur nos nerfs et surtout un riff de guitare nous déchirant littéralement le cœur (à 0’58’ dans le clip ci-dessous), voici la recette de cette chanson. Le riff ouvre le refrain, d’ailleurs il revient au début du deuxième refrain, à 2’02’. Mais ne l’attendez pas pour le troisième, car il ne reviendra pas une troisième fois. Ce riff de guitare, qui est le signe de la révolte du chanteur, ne porte plus la fin de la chanson, et pour cause : il s’est fait une raison. Cette fille n’est pas pour lui, ni elle ni une autre. Il n’est sans doute pas « special », finalement. Il est juste « creep ». Irrécupérable.

Nous ne vous parlerons pas davantage de cette chanson. Écoutez, laissez-vous porter… et écoutez encore. Et puis pleurez.

Il n’existe pas de clip officiel de cette chanson. Vous en trouvez ci-dessous une version intégrale, utilisée dans une scène touchante du très beau film d’Yvan Attal, Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (2004). Au centre de cette scène, le crush est inversé par rapport à la chanson : le personnage de Gabrielle, joué par Charlotte Gainsbourg, semble avoir le coup de foudre pour un inconnu, rencontré au Virgin Megastore (un immense magasin de disque alors situé sur les Champs-Elysées, à Paris). Elle rassemble son courage, le rattrape… malgré l’échange de regards et une connexion naissante… elle renonce, et fuit finalement. L’inconnu est joué par un Johnny Depp plus séduisant que jamais… On serait impressionnée pour moins que ça.

La vie n’est faite que de rencontres ratées. Parfois même avec soi-même. Bons pleurs, et à dimanche prochain.


Creep
Thom Yorke

When you were here before
Couldn't look you in the eye
You're just like an angel
Your skin makes me cry

You float like a feather
In a beautiful world
I wish I was special
You're so fuckin' special

But I'm a creep
I'm a weirdo
What the hell am I doin' here?
I don't belong here

I don't care if it hurts
I wanna have control
I want a perfect body
I want a perfect soul

I want you to notice
When I'm not around
So fuckin' special
I wish I was special

But I'm a creep
I'm a weirdo
What the hell am I doin' here?
I don't belong here

She's running out the door (run)
She's running out
She run, run, run, run,
Run...

Whatever makes you happy
Whatever you want
You're so fuckin' special
I wish I was special

But I'm a creep
I'm a weirdo
What the hell am I doin' here?
I don't belong here
I don't belong here

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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