La picachanson n°27 : Another way to die

En cette année picassienne 2021-2022, nous vous proposons de continuer ensemble l'œuvre débutée l'année dernière : chaque dimanche (ou presque), nous découvrirons une chanson. Parce que les chansons sont le reflet de leur époque, elles transmettent et perpétuent des images de leur monde, et, par leur universalité, offrent un pont naturel avec le nôtre. Nous aborderons ainsi des chansons de tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… mais toujours en lien avec l'actualité. L'actualité du monde, l'actualité du collège, l'actualité de nos vies. Aussi, ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : pour sa deuxième saison, voici venir la picachanson !

C’est la plus longue saga de l’histoire cinématographique : le 25e film de la série des « James Bond », titré Mourir peut attendre sortira (ajoutons enfin, car la pandémie a reporté sa sortie de près d’un an et demi) dans les salles mercredi prochain, le 6 octobre. C’est forcément une aubaine pour notre rubrique picachansonnesque, car la saga James Bond a fait sa renommée avec les célèbres chansons de ses génériques, et bien sûr son incroyable thème musical… Pour cette 27eme picachanson, nous nous pencherons rapidement sur tout cela, et nous conclurons avec ce qui est pour nous, la meilleure chanson jamesbondesque de tous les temps : Another way to die, par Jack White et Alicia Keys.

James Bond est un agent secret britannique, du type de ceux qui sont « autorisés à tuer ». C’est d’ailleurs le sens de son célèbre matricule : 007.

Le premier zéro signifie qu’il fait partie des agents autorisés à tuer.

Le deuxième zéro signifie qu’il a déjà usé de cette autorisation au cours de ses missions.

Le sept correspond au matricule lui-même : c’est, chronologiquement, le septième agent de la couronne britannique à bénéficier de cette autorisation.

James Bond est bien entendu un personnage de fiction, qui a été imaginé par un romancier, dès 1953. Celui-ci, Ian Fleming, l’a campé pour la première fois dans le roman Casino royale, qui connut un tel succès que son éditeur lui commanda immédiatement une myriade de suites. Au total, il vendit 70 millions d’exemplaires…

Quelques couvertures originales des romans de la série « James Bond » de Ian Fleming.

Le cinéma s’empara du phénomène dès 1962, avec le film James Bond contre Dr No, offrant au public l’incarnation d’un James Bond moins cynique et cruel que dans les livres, mais diablement plus séduisant. L’acteur choisi était alors un parfait inconnu : Sean Connery.

Sean Connery incarna finalement James Bond à 8 reprises. Il sera suivi notamment par l’insipide Roger Moore, le très british George Lazenby, l’assez fade Timothy Dalton et le flegmatique à souhait Pierce Brosnan.

(Nous arriverons à l’actuel acteur de James Bond un peu plus bas dans cet article.)

Dans ce premier épisode cinématographique de la saga James Bond, le public découvrit également les James Bond Girls, ces femmes souvent fatales et systématiquement sexy, tour à tour adjuvantes (alliées) ou opposantes du héros – et souvent les deux tour à tour, au gré de ces retournements d’alliances et de situations que les films d’espionnage aiment à créer…

Ursula Andress, faisant son apparition en sortant de l’eau en bikini avec son couteau à la ceinture et son coquillage à la main (n’hésitez pas y voir une double métaphore : elle est évidemment volontaire), fut la première James Bond girl.

Suivirent notamment, dans l’ordre d’apparition à l’écran, Honor Blackman, Diana Rigg, Carole Bouquet, Michelle Yeoh, Sophie Marceau, l’incroyable Halle Berry, Eva Green, Olga Kurylenko ou encore Léa Seydoux, campant la vénéneuse Dr Madeleine Swann depuis l’avant-dernier opus, et que nous retrouverons sur les écrans dès mercredi dans Mourir peut attendre.

Au-delà du héros et des personnages féminins, la saga James Bond c’est aussi, bien sûr :

  • des hallucinantes scènes d’action, toujours plus inventives (sur terre, sur mer, à ski, sur des trains, dans des avions, à moto, sous l’eau… et jusque dans l’espace, à plusieurs reprises)
  • une ribambelle de gadgets toujours plus créatifs (du stylo-pistolet au parapluie-bouclier, en passant par la montre-laser, le rasoir-grenade, le drône-araignée ou les bouchons de manchette assourdissants…)
  • des opposants forcément très méchants (le dernier en date, incarné par l’acteur Rami Malek, est l’un des plus réussis), toujours prêts à anéantir la planète pour le seul plaisir de faire le mal. (Le réalisateur Alfred Hitchcock avait théorisé, dans ses célèbres entretiens avec François Truffaut, que la qualité d’un film d’action ne se mesurait pas au charisme de son héros, mais à celui de son méchant…)
  • une collection de voitures à faire pâlir un concessionnaire de milliardaires, véritable manne financière pour les producteurs du films (car les voitures utilisées dans les films font l’objet de contrats de placements de produit). Malgré quelques infidélités passagères, c’est Aston Martin qui est la marque de voiture attitrée de James Bond.
  • Un dialogue récurrent, gimmick prononcé par le héros lui même : « Mon nom est Bond. James Bond. ».
  • Des cocktails savamment préparés, et sur lesquels notre héros n’a aucune intention de transiger : son préféré est le vodka-martini, lequel doit être impérativement mélangé « à la cuillère, et non au shaker » (et gare au barman négligeant cette consigne).

Mais (on y arrive), la mythologie et l’immense succès des James Bond s’est d’abord faite sur deux aspects : son générique, et ses chansons.

Les films commencent invariablement par une séquence dite « pré-générique », servant à poser le cadre de l’action, à réintroduire le personnage et surtout à faire attendre ce fameux générique, aussi régressif et savoureux qu’un triple hamburger débordant de bacon grillé et de cheddar fondant :

Le générique de James Bond contre Dr No.

Ce thème fabuleux, mystérieux et puissant, indissociable de la saga, a été composé par le grand compositeur de musique de films John Barry, ou plutôt John Barry l’a-t-il réarrangé à partir d’un standard de jazz symphonique du compositeur Monty Norman (un long procès opposa d’ailleurs les deux hommes quant à la paternité réelle de ces quelques notes emblématiques). Pour la petite histoire, les parents des élèves picassiens connaîtront mieux John Barry lorsque nous aurons précisé qu’il fut le premier mari de la chanteuse et actrice Jane Birkin, et qu’il composa également le mythique générique de la série Amicalement Vôtre, chère à nos enfances des années 80 et 90…

Rapidement, sans abandonner bien sûr le thème récurrent (utilisé comme une virgule narrative tout au long des films), les producteurs de la saga ont confié à des chanteurs en vogue la responsabilité de la chanson du générique commençant chacun des films. La première a avoir marqué l’histoire fut la chanson Goldfinger, sur le générique du film du même nom, chantée par Angela Bassett en 1964. Citons ensuite, dans le désordre, une pléiade de stars et de tubes ayant ouvert les différents épisodes de la saga : Paul McCartney (Vivre et laisser mourir – oui, celui des Beatles), Madonna (Die another day), Tina Turner (Golden Eye – chanson composée par U2, excusez du peu), Duran Duran (Dangereusement vôtre), Sheryl Crow (Demain ne meurt jamais), Garbage (Le monde ne suffit pas), Adele (Skyfall) ou le groupe suédois adulé des années 80, A-ha (Living daylights).

Depuis cinq films, le personnage de James Bond est incarné par l’acteur britannique Daniel Craig, qui a renoué avec l’état d’esprit du personnage original créé par Ian Fleming : un héros plus cynique, cruel et défaitiste, ravagé par la mort de sa femme, capable d’une brutalité froide.

Ce fut l’occasion d’un « reboot » de la série : tout repartait à zéro, comme si les 20 précédents films n’existaient pas. Une réalisation plus mature, laissant la place à un humour moins enfantin, des scènes d’action et des scénarios plus crédibles, des enjeux mieux assumés et surtout des films plus ambitieux, confiés à de grands metteurs en scène (deux épisodes ont ainsi été réalisés par Sam Mendes, oscarisé par ailleurs pour le film American Beauty). D’ailleurs, ce premier nouveau film s’appelait Casino royale, et adaptait ainsi le tout premier roman originel de Ian Fleming.

Et le chef d’œuvre musical est venu avec le deuxième film de ce reboot, suite directe de Casino royale : Quantum of Solace. Le film est peut-être le meilleur de la saga toute entière (avec une incroyable scène dans un opéra autrichien, pendant une représentation du Tosca de Puccini, faisant référence à une scène de L’homme qui en savait trop, film d’Alfred Hitchcock (réalisateur déjà cité plus haut dans cet article (article qui pratique ainsi la pédagogie spiralaire à son propre insu (comme M. Jourdain faisait de la prose (mais je crois que je mets trop de parenthèses dans les parenthèses, on n’y comprend plus rien, si ? (Tant pis, je laisse.)))))).

Car le générique de Quantum of Solace a été confié à Jack White. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais vous le connaissez tous, car c’est l’un des deux membres du groupe White Stripes, qui composa le merveilleux Seven nation army, scandé et déformé dans tous les stades de France… (Taaaaaa, tatatataa, taaa…). (Tiens, on en ferait bien une picachanson à venir. Il y a des choses incroyables à écrire sur cette chanson.) Écrivons-le sans ambages : Jack White est un génie.

Jack White réussit, avec cette chanson, titrée Another way to die, l’incroyable tour de force de totalement s’approprier les codes harmoniques de la saga, tout en respectant parfaitement son propre univers musical. L’époustouflant riff de guitare ouvrant la chanson est ainsi à la fois 100 % du James Bond, et 100 % du Jack White… (Profs de maths, passez votre chemin, cette logique artistique risque de vous faire du mal.) Cerise sur le gâteau, il la chante en duo avec l’envoûtante Alicia Keys, qui nous offre le trousseau tout entier de sa maison du bonheur*.

Nous vous proposons donc, pour cette 27e picachanson, d’écouter Another way to die, par Jack White et Alicia Keys, datant de 2008. Bonne écoute, et à dimanche prochain !


BONUS (en forme de teasing)

Mourir peut attendre, le 25e film de la saga, sera le cinquième où Daniel Craig incarne l’espion du MI6 (le contre-espionnage britannique), mais ce sera aussi le dernier, comme il l’a officiellement annoncé (et le scénario du film semble sceller ce destin…). Malgré les rumeurs, nous ne savons pas encore qui incarnera le nouveau James Bond… Il pourrait même s’agir… d’une femme ! Car après tout, 007 est un matricule, et il est attribuable à n’importe quel personnage. Et c’est bien l’actrice Lashana Lynch (déjà entraperçue, par exemple, dans le film Capitaine Marvel) qui l’incarne dans ce 25e opus, où James Bond, parti à la retraite, a perdu son droit de tuer, et donc son matricule… Comme quoi il reste de l’espoir que les James Bond Girls sortent un jour de leur coquill(ag)e, et prennent enfin le pouvoir, et ce jusque dans la saga à l’origine la plus sexiste qui soit… Pour paraphraser François Giroud, la femme sera l’égale de l’homme le jour où elle aura le droit de tuer de sang froid des ennemis dans une Aston Martin, tout en remuant négligemment sa vodka-Martini (agitée mais non remuée).

D’ailleurs, signe des temps, la chanson-générique de Mourir peut attendre est chantée par la chanteuse américaine star Billie Eilish… Aussi, si vous êtes sages, ce sera notre picachanson… de dimanche prochain !


*L’auteur de ces lignes réclame votre indulgence pour ce calembour qui lui parut irrésistible au moment de l’écrire, et qui le tourmente au moment de poster l’article.

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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