In Picasso veritas n°4 : In vino veritas

Chaque jeudi, grâce à l'apport de M. Yakoubovitch, professeur de lettres classiques du collège, découvrez… une locution, un proverbe ou une citation latine ou grecque, et sa signification. Ces expressions, qui sont certes très anciennes, ont encore souvent beaucoup à nous transmettre, par leur justesse, leur à-propos et même… leur actualité. Et nous rappellent au passage que… nous parlons TOUS latin, sans même le savoir.

In vino veritas

La locution latine de cette semaine est celle qui a donné son nom à cette rubrique – au terme d’une déformation en forme de jeu de mots qui caractérise l’esprit potache de l’auteur du Picablog. L’expression « In vino veritas » peut se traduire littéralement par « Dans le vin, la vérité », et nous a semblé s’imposer en cette journée de réveillon…

On peut la lire dans ce qui est sans doute la première vraie encyclopédie, celle de Pline l’Ancien, auteur romain mort dans la fameuse éruption du Vésuve, en 79 après Jésus-Christ, mais on en trouve des origines en grec ancien, notamment chez le poète Alcée (au VIIe siècle avant JC) : « Ἐν οἴνῳ ἀλήθεια », soit « En oino aletheia ».

L’exemplaire d’ Histoire Naturelle de Pline l’Ancien, conservé à la faculté de médecine de Marseille.

Tacite, historien romain ayant vécu juste après Pline l’Ancien, attribuait cette expression aux mœurs des peuples germaniques (l’un des nombreux peuples dits « barbares » menaçant l’hégémonie de l’empire romain), expliquant qu’ils s’enivraient volontairement lors de leurs conseils de guerre, pour s’y exprimer avec une plus grande franchise, et donc potentiellement d’y prendre les bonnes décisions quant à leurs stratégies invasives… (Permettons-nous de douter…)

In vino veritas est également le titre d’une œuvre du grand philosophe danois du XIXe siècle Søren Kierkegaard, où il reprend la structure narrative du Banquet de Platon (5 personnes échangent leurs point de vue sur un sujet précis lié à ,leur perception du monde et donc de leur sentiment d’être) en l’appliquant à ses propres obsessions : le chemin intérieur et le sérieux que l’on doit y consacrer, en parcourant les étapes de l’esthétique (car ses cinq interlocuteurs – fictifs – sont des esthètes insatisfaits, chacun à leur façon), pour accéder, ni plus ni moins à la « vérité » et à l’élévation de soi universelle, loin de l’hypocrisie chrétienne.

Tout ça avec le vin, donc, du moins si l’on en croit le titre…

Mais c’est sans doute Rabelais, auteur humaniste de la Renaissance, qui nous explique le mieux cette locution, avec son français truculent : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire [la colère, NDLR], chasse la tristesse et donne joie et liesse. »

L’idée, c’est donc simplement que l’ivresse, même légère, délie les langues, fait parler, et pousse à la désinhibition : un petit verre aidant, on se dit ses quatre vérités, même celles qui ne sont pas bonnes à entendre…

D’où le piège du réveillon : non, nous ne parlons pas ici des nectars glissés dans les verres à pied (bien sûr, avec modération). Mais des conversations.

Vous aurez été prévenus…

Cadran solaire, au musée de la vigne et du vin, à Pommard (Bourgogne)

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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