In Picasso veritas n°2 : Fluctuat nec mergitur

Chaque jeudi, grâce à l'apport de M. Yakoubovitch, professeur de lettres classiques du collège, découvrez… une locution, un proverbe ou une citation latine ou grecque, et sa signification. Ces expressions, qui sont certes très anciennes, ont encore souvent beaucoup à nous transmettre, par leur justesse, leur à-propos et même… leur actualité. Et nous rappellent au passage que… nous parlons TOUS latin, sans même le savoir.

Fluctuat nec mergitur

(Cette rubrique est censée paraître le jeudi, mais les priorités s’imposent parfois aux logiques éditoriales… Question de temps, d’énergie…)

La locution latine de la semaine est Fluctuat nec mergitur. Il s’agit de la devise de la ville de Paris, apparaissant sur le blason de la ville (ou plutôt sur les ornementations extérieures de ce blason), mais aussi sur les coiffes des gardes républicains et sur le casque d’apparat des sapeurs-pompiers de Paris.

Le blason de la ville de Paris

Le verbe fluctuat évoque l’idée de « flotter », conjugué à la troisième personne du singulier (élèves, repérez le T à la fin du verbe : en latin comme en français, le T est la marque de la 3e personne du singulier), aussi a-t-on longtemps traduit la locution par « Elle flotte mais ne coule pas ». Ce qui, à la réflexion, est une tautologie (voire une lapalissade) : par définition, ce qui flotte ne coule pas, d’où l’absurdité, dans ce contexte, de la conjonction « mais »… La traduction plus logique est donc « Elle tangue mais ne coule pas ».

En effet, sur le blason de la ville de paris, la locution est associée à la présence d’un bateau : c’est une référence à Lutèce, la ville primordiale bâtie sur l’île de la Cité, à l’endroit même où se trouve aujourd’hui la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, par la tribu des Parisii (d’où le nom de « Paris »), il y a environ 1700 ans. Idéalement située sur le cours de la Seine, fleuve particulièrement navigable, Paris était alors une réelle puissance fluviale, en en faisant à la fois la force et la faiblesse : elle a même été ravagée par les Vikings, au IXe siècle… Ainsi la locution Fluctuat nec mergitur, définitivement choisie comme devise par son préfet Haussmann, en 1853, fait-elle référence à son glorieux et tumultueux passé, mais aussi aux difficiles moments à vivre, pour aspirer à un avenir meilleur.

En 1853, en pleine prise de pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte, qui était sur le point de se couronner empereur, les rues de Paris étaient en effet à feu et à sang, après une gestion fort peu humaine de ses habitants les moins fortunés, obligés de plier bagage pour permettre l’édification des grandes et froides avenues qui traversent aujourd’hui la capitale française… Une devise très métaphorique, et très politique, donc.

Elle tangue mais ne coule pas. Du moins faut-il l’espérer.

À jeudi prochain pour un nouvel article In Picasso veritas.

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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