Les trois Mousquetaires / épisode 12

Résumé des épisodes précédents : D’Artagnan a constaté la disparition de la poche de sa veste de la lettre adressée à M. de Tréville. Il menace l’hôtelier de l’embrocher s’il ne lui la rend pas.

Malheureusement une circonstance s’opposait à ce que le jeune homme accomplît sa menace : c’est que, comme nous l’avons dit, son épée avait été, dans sa première lutte, brisée en deux morceaux, ce qu’il avait parfaitement oublié. Il en résulta que, lorsque d’Artagnan voulut en effet dégainer, il se trouva purement et simplement armé d’un tronçon d’épée de huit ou dix pouces à peu près, que l’hôte avait soigneusement renfoncé dans le fourreau. Quant au reste de la lame, le chef l’avait adroitement détourné pour s’en faire une lardoire.

Cependant cette déception n’eût probablement pas arrêté notre fougueux jeune homme, si l’hôte n’avait réfléchi que la réclamation que lui adressait son voyageur était parfaitement juste.

« Mais, au fait, dit-il en abaissant son épieu, où est cette lettre ?

– Oui, où est cette lettre ? cria d’Artagnan. D’abord, je vous en préviens, cette lettre est pour M. de Tréville, et il faut qu’elle se retrouve ; ou si elle ne se retrouve pas, il saura bien la faire retrouver, lui ! »

Cette menace acheva d’intimider l’hôte. Après le roi et M. le cardinal, M. de Tréville était l’homme dont le nom peut-être était le plus souvent répété par les militaires et même par les bourgeois. Il y avait bien le père Joseph, c’est vrai ; mais son nom à lui n’était jamais prononcé que tout bas, tant était grande la terreur qu’inspirait l’Éminence grise, comme on appelait le familier du cardinal.

Aussi, jetant son épieu loin de lui, et ordonnant à sa femme d’en faire autant de son manche à balai et à ses valets de leurs bâtons, il donna le premier l’exemple en se mettant lui-même à la recherche de la lettre perdue.

« Est-ce que cette lettre renfermait quelque chose de précieux ? demanda l’hôte au bout d’un instant d’investigations inutiles.

– Sandis ! je le crois bien ! s’écria le Gascon qui comptait sur cette lettre pour faire son chemin à la cour ; elle contenait ma fortune.

– Des bons sur l’épargne ? demanda l’hôte inquiet.

– Des bons sur la trésorerie particulière de Sa Majesté », répondit d’Artagnan, qui, comptant entrer au service du roi grâce à cette recommandation, croyait pouvoir faire sans mentir cette réponse quelque peu hasardée.

« Diable ! fit l’hôte tout à fait désespéré.

– Mais il n’importe, continua d’Artagnan avec l’aplomb national, il n’importe, et l’argent n’est rien : – cette lettre était tout. J’eusse mieux aimé perdre mille pistoles que de la perdre. »

Il ne risquait pas davantage à dire vingt mille, mais une certaine pudeur juvénile le retint.

(Suite au prochain épisode)

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M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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