Les trois Mousquetaires / épisode 11

Résumé des épisodes précédents : L’inconnu et Milady ont fui chacun de son côté, refusant la confrontation avec d’Artagnan.

– Il est en effet bien lâche », murmura l’hôte en s’approchant de d’Artagnan, et essayant par cette flatterie de se raccommoder avec le pauvre garçon, comme le héron de la fable avec son limaçon du soir.

« Oui, bien lâche, murmura d’Artagnan ; mais elle, bien belle !

– Qui, elle ? demanda l’hôte.

– Milady », balbutia d’Artagnan.

Et il s’évanouit une seconde fois.

« C’est égal, dit l’hôte, j’en perds deux, mais il me reste celui-là, que je suis sûr de conserver au moins quelques jours. C’est toujours onze écus de gagnés. »

On sait que onze écus faisaient juste la somme qui restait dans la bourse de d’Artagnan.

L’hôte avait compté sur onze jours de maladie à un écu par jour ; mais il avait compté sans son voyageur. Le lendemain, dès cinq heures du matin, d’Artagnan se leva, descendit lui-même à la cuisine, demanda, outre quelques autres ingrédients dont la liste n’est pas parvenue jusqu’à nous, du vin, de l’huile, du romarin, et, la recette de sa mère à la main, se composa un baume dont il oignit ses nombreuses blessures, renouvelant ses compresses lui-même et ne voulant admettre l’adjonction d’aucun médecin. Grâce sans doute à l’efficacité du baume de Bohême, et peut-être aussi grâce à l’absence de tout docteur, d’Artagnan se trouva sur pied dès le soir même, et à peu près guéri le lendemain.

Mais, au moment de payer ce romarin, cette huile et ce vin, seule dépense du maître qui avait gardé une diète absolue, tandis qu’au contraire le cheval jaune, au dire de l’hôtelier du moins, avait mangé trois fois plus qu’on n’eût raisonnablement pu le supposer pour sa taille, d’Artagnan ne trouva dans sa poche que sa petite bourse de velours râpé ainsi que les onze écus qu’elle contenait ; mais quant à la lettre adressée à M. de Tréville, elle avait disparu.

Le jeune homme commença par chercher cette lettre avec une grande patience, tournant et retournant vingt fois ses poches et ses goussets, fouillant et refouillant dans son sac, ouvrant et refermant sa bourse ; mais lorsqu’il eut acquis la conviction que la lettre était introuvable, il entra dans un troisième accès de rage, qui faillit lui occasionner une nouvelle consommation de vin et d’huile aromatisés : car, en voyant cette jeune mauvaise tête s’échauffer et menacer de tout casser dans l’établissement si l’on ne retrouvait pas sa lettre, l’hôte s’était déjà saisi d’un épieu, sa femme d’un manche à balai, et ses garçons des mêmes bâtons qui avaient servi la surveille.

« Ma lettre de recommandation ! s’écria d’Artagnan, ma lettre de recommandation, sangdieu ! ou je vous embroche tous comme des ortolans ! »

(Suite au prochain épisode)

Cette année, grâce au Picablog, lisez intégralement le roman d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires. Quatre fois par semaine, pile poil à l’heure du Silence on lit !, découvrez la suite du roman… et vibrez à la lecture des aventures de D’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis ! En garde, Picassien !

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

Vous aimerez aussi...