La picachanson n°78 : Femme à la mer

Pour la troisième année, sur le site du collège Picasso, chaque dimanche (ou presque), nous découvrirons une chanson. Parce que les chansons sont le reflet de leur époque, elles transmettent et perpétuent des images de leur monde, et, par leur universalité, offrent un pont naturel avec le nôtre. Nous aborderons ainsi des chansons de tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… mais toujours en lien avec l'actualité. L'actualité du monde, l'actualité du collège, l'actualité de nos vies. Alors ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : pour sa troisième saison, voici venir la picachanson !

Son nom signifie « Étoile » en japonais et elle ne l’aura jamais aussi bien porté que dans la chanson choisie aujourd’hui pour la soixante-dix-huitième picachanson. Car lorsque Hoshi chante « Femme à la mer », elle évoque la métaphore du marin perdu sur les océans, bataillant avec le large, sans plus pouvoir se servir des côtes et des phares pour se repérer. Les seuls repères du marin, ce sont alors les étoiles, à commencer par celle qui reste stable sur l’horizon : l’étoile du Nord. Cette étoile, située (quasiment) dans l’axe de rotation de la Terre, surplombant le pôle Nord, et que l’on prendre comme repère de navigation.

Les étoiles, par définition, sont à la fois ce qui est inaccessible, lumineux, lointain et ce qui demeure à la même place (du moins à notre échelle de temps humaine) : les étoiles restent dans le ciel dans la même configuration, suivant la rotation de la Terre. Mais ceci n’est bien sûr vrai que si l’on parle d’un point fixe de la Terre : nous ne voyons pas les mêmes étoiles suivant les latitudes, et ce ne sont pas les mêmes étoiles vues dans l’hémisphère Nord et dans l’hémisphère Sud… C’est ainsi que le poète José Maria de Heredia, en 1893, ouvrait son recueil Les Trophées par le célébrissime poème Les Conquérants, évoquant le voyages des compagnons de Christophe Colomb, en 1492, voguant vers le Nouveau Monde qu’ils pensaient alors être le Japon (Cipango) et découvrant littéralement de nouvelles étoiles monter dans le ciel, ressentant le frisson de l’aventure et de la peur :

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;

Où, penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles. 

(José-Maria de Heredia, Les Conquérants)

L’univers marin est essentiel dans la filmographie de la jeune chanteuse Hoshi, comme en atteste l’une de ses autres chansons à succès, Ta marinière… La mer d’Hoshi, c’est forcément le vague à l’âme, et c’est tout l’essence de Femme à la mer : la chanteuse y joue sur les mots en féminisant l’expression « un homme à la mer » (en perdition), en s’appropriant les codes de la chanson de rupture. Les « âmes soeurs », qui n’ont jamais autant porté la féminisation de leur deuxième mot, deviennent des « âmes seules ». La voix rauque et chaude d’Hoshi joue des sonorités, accumule les assonances et les allitérations, parfois dans le même vers (« Les amours tour à tour me mentent »).

À la fin du clip, la célèbre estampe d’Hokusai, La Grande Vague de Kanagawa, s’incruste dans le champ, le radeau d’Hoshi venant s’y glisser malicieusement. L’amour, un sentiment qui nous renverse et nous transporte en même temps…

Bonne écoute, bon dimanche et à la semaine prochaine pour la prochaine picachanson !


Femme à la mer
Hoshi

J'fume le cigare comme une cubaine
Le cendar' rempli de mes peines
Paumé dans les bouchons de lièges
Goutte après goutte je m'abrège

Encore une fois c'est ma tournée
Pas la dernière de la journée
J'suis le reflet de n'importe quoi
Même le miroir se moque de moi

J'ai passé ma nuit au comptoir
Tout ça dans l'espoir de te voir
J't'attends encore
Si tu voulais passer ce soir
Mon cœur battrait un peu plus fort

Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus j'te vois, plus j'te vois, plus j'te vois
Plus j'te vois
Plus j'me noie, je me noie, je me noie
Je suis une femme à la mer
Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus je crois plus je crois plus je crois
Qu'on est tout seul avec soi, avec soi, avec soi
Même si on en a pas l'air

Les amours tour à tour me mentent
J'prends des tournants je me tourmente
Je fais des pas sans y penser
Les démons m'invitent à danser

Une chorégraphie de comptoir
Sur un tango de désespoir
Belle mise à mort
Si tu voulais passer ce soir
Mon cœur battrait peut-être encore

Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus j'te vois, plus j'te vois, plus j'te vois
Plus j'te vois
Plus j'me noie, je me noie, je me noie
Je suis une femme à la mer
Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus je crois plus je crois plus je crois
Qu'on est tout seul avec soi, avec soi, avec soi
Même si on en a pas l'air

Deux âmes seules feront peut-être
Deux âmes sœurs pourront renaître
Deux âmes seules valent mieux qu'une
Je plonge dans tes yeux sans rancune

Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus j'te vois, plus j'te vois, plus j'te vois
Plus j'te vois
Plus j'me noie, je me noie, je me noie
Je suis une femme à la mer

Plus je bois, plus je bois, plus je bois
Plus je bois
Plus je crois, plus je crois, plus je crois
Qu'on est tout seul avec soi, avec soi, avec soi
Même si on en a pas l'air

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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