La picachanson n°47 : l’air de la Reine de la nuit

En cette année picassienne 2021-2022, nous vous proposons de continuer ensemble l'œuvre débutée l'année dernière : chaque dimanche (ou presque), nous découvrirons une chanson. Parce que les chansons sont le reflet de leur époque, elles transmettent et perpétuent des images de leur monde, et, par leur universalité, offrent un pont naturel avec le nôtre. Nous aborderons ainsi des chansons de tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… mais toujours en lien avec l'actualité. L'actualité du monde, l'actualité du collège, l'actualité de nos vies. Aussi, ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : pour sa deuxième saison, voici venir la picachanson !

La quarante-septième picachanson nous fait grandir. C’est entendu, on a adoré Wejdene, Niagara, Billie Eilish, Aretha Franklin, et tous les autres. Nous avons déjà exploré la quasi-totalité des XXe et XXIe siècle, remontant plusieurs fois jusqu’aux années 1920. Mais la chanson existait avant… Nous n’avons jamais dit que nous n’aborderions que la variété, la pop, le rock ou le rap… Place à l’opéra ! Et à tout seigneur, tout honneur, accueillons Mozart dans ces murs…

L’opéra (pour reprendre la définition de Wikipedia) est, dans la musique occidentale, une œuvre musicale et théâtrale jouée par un orchestre et des chanteurs, bâtie sur un livret qui met en scène des personnages et leur histoire, et où les rôles sont chantés. On appelle « cantatrice » une chanteuse d’opéra (mais « chanteur » un homme, ne me demandez pas pourquoi).

Environ 6000 opéras constitueraient le répertoire jouable à l’heure actuelle dans le monde, mais seuls une centaine d’entre eux le sont régulièrement. L’un des auteurs d’opéras les plus célèbres est le compositeur autrichien Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Mozart a composé une grosse vingtaine d’opéras, et nous vous proposons de nous intéresser au tout dernier, qu’il a terminé de composer… sur son lit de mort. C’est l’un des opéras de Mozart chantés en langue allemande, ce qui n’est pas anodin : jusqu’en 1780, il était inconcevable qu’un opéra soit chanté dans une autre langue que l’italien, et c’est précisément Mozart qui avait tenu à composer le premier grand opéra en langue allemande, cela avait été l’Enlèvement au sérail, présenté à l’Opéra de Vienne en 1782. Et c’est à l’opéra de Vienne que Mozart présenta l’ensemble de ses grands opéras suivants (eux écrits en italien, sur des livrets de Lorenzo Da Ponte), figurant encore aujourd’hui au répertoire de tous les grands opéras mondiaux : Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte

En 1791, Mozart n’a que 35 ans, mais il est déjà consumé par la vie. Malade, il sait qu’il va mourir. Son dernier grand opéra sera à nouveau en allemand, et ne sera pas joué à l’Opéra de Vienne, mais au Freihaustheater, un petit théâtre des faubourgs de la capitale autrichienne, l’empereur Joseph II autorisant ce dépaysement pour promouvoir la langue allemande. Il s’agira d’une une grande fresque aux nombreux symboles personnels, liés à son engagement, notamment maçonnique. La Flûte enchantée (Die zauberflöte) est écrite dans une langue intelligible par tous, et s’adressant à toutes les classes sociales. Cet opéra, voulu populaire, rencontrera effectivement un immense succès, joué plus de cent fois consécutivement, alors même que Mozart n’était plus de ce monde.

Affiche originale de la première de La Flûte enchantée au Freihaustheater, en 1791.

L’un des personnages les plus emblématiques de La Flute enchantée est la fameuse Reine de la nuit, personnage mystique aux pouvoirs magiques. Au début du deuxième acte de l’opéra, ce personnage apparaît dans un grondement de tonnerre et chante un incroyable morceau de bravoure, « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen ». C’est le fameux « air de la Reine de la nuit », qui est, encore aujourd’hui, l’un des morceaux d’opéra les plus difficiles à chanter. Culminant au contre-fa, il est considéré comme l’un des airs les plus virtuoses de l’art lyrique.

L’air de la Reine de nuit était interprété à la création de l’opéra par Josepha Weber, la sœur de Constance Weber, épouse de Mozart. C’est un air écrit pour une chanteuse soprano, capable d’une grande agilité vocale. Découvrez ci-dessous la version chantée par l’une de nos plus grandes cantatrices françaises : Nathalie Dessay.

Bonne écoute, et à dimanche prochain !


L'air de la reine de la nuit, dans La Flûte enchantée
Livret d'Emanuel Schikaneder

Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen;
Tod und Verzweiflung flammet um mich her!
Fühlt nicht durch dich Sarastro Todesschmerzen,
So bist du meine Tochter nimmermehr!
Verstossen sei auf ewig, verlassen sei auf ewig,
Zertrümmert sei'n auf ewig alle Bande der Natur
Wenn nicht durch dich Sarastro wird erblassen!
Hört! Hört! Hört, Rachegötter! Hört der Mutter Schwur!

Traduction en français :
La vengeance de l'enfer bout dans mon cœur ;
La mort et le désespoir dardent autour de moi !
Si Zarastro ne ressent pas la douleur de la mort par toi,
Tu n’es plus ma fille, non plus jamais !
Que soient à jamais bannis, à jamais perdus,
À jamais détruits tous les liens de la nature
Si Zarastro n’expire pas par ton bras !
Entendez ! Entendez ! Entendez, dieux de vengeance ! Entendez le serment d’une mère !

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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