La picachanson n°37 : Le chant des partisans

En cette année picassienne 2021-2022, nous vous proposons de continuer ensemble l'œuvre débutée l'année dernière : chaque dimanche (ou presque), nous découvrirons une chanson. Parce que les chansons sont le reflet de leur époque, elles transmettent et perpétuent des images de leur monde, et, par leur universalité, offrent un pont naturel avec le nôtre. Nous aborderons ainsi des chansons de tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… mais toujours en lien avec l'actualité. L'actualité du monde, l'actualité du collège, l'actualité de nos vies. Aussi, ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : pour sa deuxième saison, voici venir la picachanson !

Les élèves de 306 et 307, en ce moment, avec leur professeur de musique M. Cascade, étudient Le chant des partisans. Cette chanson historique était l’hymne de la Résistance française durant l’occupation par l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale : on l’a même appelé « La Marseillaise des Résistants ». Il va sans dire que cette période de l’histoire est au programme d’histoire-géographie de 3e, et est souvent évoquée également en cours de français (par exemple, en ce moment même, par les classes de 304 et de 307).

La musique de cette chanson, initialement composée en 1941 sur un texte russe, est due à la Française Anna Marly, ancienne émigrée russe qui en 1940 avait quitté la France pour Londres.

Les paroles en français ont été écrites le 30 mai 1943 par les deux résistants Joseph Kessel et Maurice Druon, qui venaient tous deux de rejoindre les Forces françaises libres.

Les paroles de cette chanson ne citent jamais explicitement l’ennemi nazi, mais multiplient les allusions et autres paroles implicites. On peut les analyser ainsi :

Première strophe :

Le « vol noir » fait référence aux stukas (avions de guerre allemands), le « noir » évoquant l’uniforme SS. « Les corbeaux » sont les soldats allemands pillant le pays. Cette métaphore évoque donc des animaux charognards (rappelant l’incipit célèbre du poème Les Conquérants de José Maria de Hérédia, qui évoquait les Conquistadors partant à la conquête des richesses de l’Amérique, dans les pas de Christophe Colomb : « Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal ».)

« Les cris sourds » soulignent la répression sur les opposants et résistants. Le parti communiste en est l’une des
premières victimes, il devient d’ailleurs le « parti des fusillés ».

« Le pays qu’on enchaîne » nous montre la volonté d’écraser toute opposition mais aussi la montée de la
résistance dès 1942 et l’existence de maquis comme celui du Vercors, dans les Alpes.

Le terme « ouvriers » fait allusion au fait que que les usines tournent alors à plein pour les besoins de la guerre pour les Nazis et le terme « paysans » évoque les réquisitions de bétail et de récoltes. C’est clairement un appel à ces deux catégorie de Français (les ouvriers et les paysans) à se battre et à entrer dans la résistance. Cette bataille peut prendre la forme d’une guérilla, afin de harceler et de déstabiliser l’ennemi et de le vaincre.

Deuxième strophe :

Tous les moyens sont mis en oeuvre par la Résistance : les armes blanches, les explosifs, les fusils. Cette Résistance est donc organisée et en 1943, c’est une véritable armée de combat à l’intérieur de la France. C’est le sens du terme « Forces françaises de l’Intérieur », qui réunira les différentes fractions de Résistance à partir de février 1944. Le mot « camarades » évoque une nouvelle fois les Résistants communistes, et plus généralement tous ceux qui luttent individuellement et collectivement.

Troisième strophe :

« haine, misère, faim » : ces mots sont la description d’une situation désespérée initiée par l’ennemi qui torture, réquisitionne et envoie les Français au STO (service du travail obligatoire). On peut aussi noter la volonté de lutter contre une dictature pour une vie meilleure (lignes 1 et 3). Le mot « frères » insiste évidemment sur l’une des trois valeurs de la république française : la fraternité.

Quatrième strophe :

Cette strophe résume les risques encourus par tout résistant (arrestation, torture, déportation ou mort)
et montre aussi la solidarité entre eux, leurs sacrifices pour sauver la patrie et la soif de liberté qui les anime.
Le « sang noir » fait écho au « vol noir » de la première strophe mais évoque la fin du nazisme. Ainsi « le grand soleil » envisage une vie qui reprendra son cours, avec le retour de la liberté (libération de Paris et du pays tout entier).


Ce chant tout entier, conçu comme un hymne, ambitionnait d’incarner la Résistance (c’est ainsi, d’une certaine manière, une allégorie de la Résistance), en poussant chaque Français à résister, à son échelle, contre l’occupant nazi, en rejoignant ce que l’on a appelé « L’armée de l’ombre ». La chanson elle-même n’aurait quasiment pas été utilisée pendant la guerre, mais sa mélodie, sifflée, servait de ralliement à certains maquisards… (Comme évoqué au début du clip ci-dessous.)

Cette chanson est composée de quatre couplets (ou « strophes », donc, puisque toute chanson est aussi une poésie), sans refrain. Les rimes sont suivies (AA, BB, CC…). Tout est donc fait pour limiter les effets stylistiques : la force de la chanson repose dans la puissance de ses termes, et surtout dans sa montée chromatique : la même mélodie est chantée quatre fois consécutivement, avec davantage d’intensité à chaque reprise, comme un cri du cœur naissant spontanément au sein de chacun d’entre nous, et nous menant à nous réunir et nous rassembler dans un immense combat commun et universel.

Chanté d’abord par Anna Marly, sa compositrice, et Germaine Sablon dès l’année 1943, le Chant des partisans a ensuite été interprété par de très nombreux chanteurs, d’Yves Montand à Johnny Hallyday, en passant par Joséphine Baker et le groupe Zebda.

Après avoir écouté la version d’Anna Marly, les classes de 306 et 307 découvriront en classe la version, puissante, du groupe Les Stentors. La version que nous proposons, ce dimanche, en tant que picachanson, est celle de Camelia Jordana, chantée au soir du 27 mai 2015, sur le parvis du Panthéon. Ce jour-là, entraient au Panthéon les dépouilles de 4 grandes figures de la Résistance : Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay.

Bonne écoute, et à dimanche prochain.


Le Chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
Ohé, partisans, ouvriers et paysans c'est l'alarme
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades,
Ohé, les tueurs, à vos armes et vos couteaux, tirez vite,
Ohé, saboteurs, attention à ton fardeau, dynamite.

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère
II y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves
Ici, nous, vois-tu, nous on marche, nous on tue ou on crève.

Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place,
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur nos routes
Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute.
Le manuscrit original du chant des partisans est conservé au musée de La Légion d’honneur, à Paris.

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

Vous aimerez aussi...

Thank you for your upload