La picachanson n°17 : Respect

Chaque dimanche, en cette année picassienne 2020-2021, le collège Picasso vous fait découvrir une chanson. De tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… Aux confluences de tous les arts et de toutes les traditions, la chanson est sans doute un art mineur… ou plutôt c’est ce qu’elle aime bien nous faire croire, pour nous toucher plus facilement ! Ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos cœurs : voici venir la picachanson !

La picachanson revient à l’occasion de la veille de la journée nationale des droits des femmes. Et c’est l’immense Aretha Franklin qui nous en donne la substance. En 1967, en reprenant une chanson d’Otis Redding, « Respect »… ou plutôt R-E-S-P-E-C-T, car Aretha détache les lettres bien davantage qu’Otis, en les prononçant une par une pour bien décomposer la notion… Elle n’appelle pas au respect, elle le scande, elle le clame. Elle le décrète. Dorénavant, les femmes auront les mêmes droits que les hommes. Point barre.

Car la chanson originale d’Otis Redding, publiée sur l’album Otis Blue en 1965 (à peine deux ans plus tôt…), véhiculait un sens tout à fait contraire à cette version. Le narrateur était un homme exigeant… du respect de la part de sa femme lorsqu’il rentrait chez lui, après sa journée de travail.

Aretha Franklin, en enregistrant sa version, y met un sens tout à fait différent, en modifiant un simple pronom personnel : « All I’m asking is for a little respect when I come home » (« tout ce que je demande c’est un peu de respect quand je rentre à la maison ») devient alors « all I’m asking is for a little respect when you get home » (« tout ce que je demande c’est un peu de respect quand tu rentres à la maison »). Et ce sont tous les mots qui prennent une nouvelle dimension : les apostrophes « baby » et « honey », initialement phallocrates, sont fermement retournées à l’envoyeur ; les termes « profits » (les revenus, les bénéfices) et « tired » (être fatigué) deviennent inclusifs. Comme une certaine reconnaissance du travail au foyer…

La phrase « You’re runnin’ out of foolin’ », qui semblait initialement accuser la femme de tromperie, prend également un tour différent. Car « fooling » se comprend de nombreuses façons. Certes « tromperie », mais aussi « plaisanterie », « dérision », « duperie » ou encore « quitter »… La femme aussi peut menacer…

On le voit, le renversement de valeur n’est pas encore total. Le schéma traditionnel (l’homme travaille, la femme attend) n’est pas encore à terre. Pourtant, cette chanson, publiée le 14 février 1967 (oui… jour de la Saint-Valentin !) va vite devenir l’hymne du combat des femmes pour obtenir l’égalité des droits.

Aux couplets initiaux, la chanteuse inclut un refrain entêtant, dynamisé par les chœurs. Or, ce sont ses sœurs Erma et Carolyn qui l’assurent : quelle meilleure occasion de parler de sororité… La sororité, c’est la solidarité entre femmes, la fraternité portée au féminin. Et ce refrain, porté alternativement et solidairement par les trois femmes, ajoute quelques expressions bien senties à la chanson, tel que ce provoquant « sock it to me » répété huit fois à la fin de la chanson. À traduire par « montre-moi de quoi tu es capable ». Ou même, en extrapolant légèrement : « laisse-moi être une femme, si tu es un homme ».

Otis Redding reconnaîtra lui-même que sa chanson ne lui appartenait plus tout à fait, et qu’Aretha Franklin lui avait donné son âme véritable. La chanson restera 12 semaines en tête des charts américains.

Découvrez ci-dessous une version enregistrée par Aretha Franklin au théâtre de l’Empire pour la télévision française, en 1977 :


R-E-S-P-E-CT

Hey, what you want
(Oo) Baby, I got
(Oo) What you need
(Oo) Do you know I got it ?
(Oo) All I'm askin'
(Oo) Is for a little respect when you come home (just a little bit)

Hey baby (just a little bit) when you get home
(Just a little bit) mister (just a little bit)
I ain't gonna do you wrong while you're gone
Ain't gonna do you wrong (oo) 'cause I don't wanna (oo)
All I'm askin' (oo)
Is for a little respect when you come home (just a little bit)
Baby (just a little bit) when you get home (just a little bit)
Yeah (just a little bit)

I'm about to give you all of my money
And all I'm askin' in return, honey
Is to give me my profits
When you get home (just a, just a, just a, just a)
Yeah baby (just a, just a, just a, just a)
When you get home (just a little bit)
Yeah (just a little bit) Do it for me now, just a little bit

Ooo, your kisses (oo)
Sweeter than honey (oo)
And guess what? (oo)
So is my money (oo)
All I want you to do (oo) for me
Is give it to me when you get home (re, re, re, re)
Yeah baby (re, re, re, re)
Whip it to me (respect, just a little bit)
When you get home, now (just a little bit)

R-E-S-P-E-C-T
Find out what it means to me
R-E-S-P-E-C-T
Take care, TCB
Oh (sock it to me, sock it to me
Sock it to me, sock it to me)
A little respect (sock it to me, sock it to me
Sock it to me, sock it to me)
Whoa, babe (just a little bit)
A little respect (just a little bit)
I get tired (just a little bit)
Keep on tryin' (just a little bit)
You're runnin' out of foolin' (just a little bit)
And I ain't lyin' (just a little bit)
'spect
When you come home (re, re, re, re)
Or you might walk in (respect, just a little bit)
And find out I'm gone (just a little bit)
I got to have (just a little bit)
A little respect (just a little bit)

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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