La picachanson n°11 : Last christmas

Chaque dimanche, en cette année picassienne 2020-2021, le collège Picasso vous fait découvrir une chanson. De tous les styles et de toutes les époques, de tous les genres musicaux… Aux confluences de tous les arts et de toutes les traditions, la chanson est sans doute un art mineur… ou plutôt c’est ce qu’elle aime bien nous faire croire, pour nous toucher plus facilement ! Ouvrez vos chakras, vos oreilles et vos coeurs : voici venir la picachanson !

« En même temps », ce n’est pas seulement un positionnement politique, c’est le charme de Noël. Il en est ainsi des ritournelles, comme des guimauves fondantes et des bonbons collants : on les déteste et pourtant on les adore… en même temps. Quand on a commencé à les déguster, impossible de s’arrêter. Allez encore un. Juste un dernier. Délicieux écœurement du plaisir (trop) facile. Impossible satisfaction des papilles, comme des oreilles, sevrées de sucré. Drame de la vie, il se pourrait même qu’on adore les détester.

La ritournelle, c’est justement cet air que l’on entend une fois, deux fois, trois fois, puis que l’on ressasse indéfiniment. Les élèves (de tout niveau) repèreront bien sûr le radical (la partie du mot qui porte le sens) de ce mot : le verbe « tourner ». Car la ritournelle nous tourne littéralement dans la tête, rebondissant inlassablement d’une oreille à l’autre – et nous faisant fondre quelques neurones à chaque passage.

Jetons un œil à ce qu’en dit le Trésor de la langue française informatisé (TLFI), indispensable outil de vocabulaire adapté à notre modernité : CLIC.

La ritournelle, c’est donc « un court motif instrumental », « un petit air servant de refrain à une chanson » ou revenant « à intervalles réguliers », parfois « facile et monotone », mais aussi « répété trop souvent, à satiété ». Vous commencez à comprendre où nous voulons en venir… Car oui, c’est une question de période… Noël semble ainsi la saison des ritournelles. Quelques exemples édifiants :

Douce nuit
Vive le vent
Mon beau sapin
Petit papa Noël

Chacune de ces ritournelles a sa propre histoire… Celle de « Mon beau sapin », par exemple, serait passionnante à raconter… (Il s’agit d’un chant allemand, ayant accompagné les migrations américaines ; devenu ensuite chanson d’amour, le sapin étant lié à la fidélité ; puis utilisé à des fins de propagande par l’Etat nazi pendant la montée au pouvoir d’Hitler, celui-ci y avant vu un hymne laïc propre à lutter contre les idéologies religieuses ou politiques qui auraient pu contrecarre ses ambitions génocidaires). Mais c’est une autre histoire… (Rendez-vous possiblement pour une picachanson de décembre 2021 ?)

Et, à tout seigneur, tout honneur, les deux derniers extraits ci-dessus sont chantés par Tino Rossi, chanteur corse devenu, en fin de carrière, indissociable de Noël, notamment, bien sûr avec son célébrissime et kitchissime « Petit papa Noël ». En 1984, dans l’émission de radio Le tribunal des flagrants délires, l’humoriste Pierre Desproges lui avait justement rendu hommage en ces termes : « Le jour de la mort de Brassens j’ai pleuré comme un môme. Je n’ai vraiment pas honte de le dire. Alors que, c’est curieux, mais, le jour de la mort de Tino Rossi, j’ai repris deux fois des moules. »

Ces ritournelles de Noël, disons-le, nous fatiguent parfois. (Courage, plus que 6 jours.) La ritournelle devient rengaine lorsqu’on ne peut plus s’en défaire, qu’elle nous colle aux tympans comme un chewing-gum sous la chaussure. Parfois même on ne peut plus se l’ôter de la tête, et elle fagocite toute autre pensée…

C’est exactement ce qui arrive à notre cher roi Arthur, dans un très drôle épisode de la série Kaamelott, où il n’arrive pas à s’ôter de la tête la ritournelle d’un barde, « À la volette »…

(Ceci est un extrait à usage pédagogique, merci par avance à l’équipe de production de la société CALT de nous permettre de continuer à le diffuser. Nous encourageons bien sûr tous nos élèves à visionner les 458 épisodes de la série de manière légale.)

Ou, pour en revenir à notre sujet, cette sucrée rengaine que les parcs Disneyland se sont réappropriée ad nauseam :

Le monde est petit (It’s a small small world)

Parmi les dizaines centaines milliers de chansons qui adoptent les gammes musicales des fêtes et de Noël (clochettes, arpèges, mélodies dégoulinantes, orchestrations niaises, gros pulls, guirlandes, rires et cadeaux), nous vous proposons de nous téléporter en 1984. Cette année-là, l’un des groupes plus gros vendeurs de disques de la planète est anglais, formé par deux amis s’étant rencontrés au lycée, George Michael et Andrew Ridgeley, s’appelle Wham. En 1984, Wham a déjà sorti ses plus gros succès : le régressif et bondissant Wake me up before you go-go ou l’infernal slow Careless whisper.

Arrêtons-nous une seconde sur cette dernière chanson. Ce qui transforme cette sirupeuse mélodie en slow, c’est son tempo (76 battements par minute), mais aussi sa tonalité inhabituelle pour une chanson pop : ré mineur. Il en ressort une portée nostalgique et romantique propre à lever tous les cœurs dans les soirées dansantes de la seconde moitié des années 80 (et possiblement responsable du baby boom qui s’en est ensuivi). Le riff principal y est joué au saxophone (entraînant une pleine décennie de dégâts sur les solos de saxophone comme pont des chansons, nous ne les remercions par pour ça), dans ce qui correspond parfaitement à notre thème initial : une véritable rengaine, caractérisée par des arpèges (suite de notes se suivant sur la gamme) montantes et descendantes, et la même suite de quatre accords joués en boucle. Notez que ce riff, ouvrant la chanson mais aussi chacun des refrains, est systématiquement joué deux fois à la suite : cette structure binaire rappelle beaucoup la construction des alexandrins coupés à l’hémistiche… Écoutez ça, et osez dire que ce n’est pas une ritournelle… Avouez que ça tourne dans la tête !

Le riff introductif de Careless Whisper, joué au saxophone par Steve Gregory

La partition de Careless Whisper, musique de George Michael et Andrew Ridgeley.

Relevez également l’élégant coup de clochette ponctuant chaque mesure (nous sommes dans un rythme 4/4, donc à la fin du quatrième temps, du huitième, du douzième…). Déjà un petit goût de Noël avant l’heure… Mais il ne s’agit pas de notre picachanson.

Du coup, et la picachanson, entends-je ? Comme vous êtes impatients… Vous êtes jeunes, il est vrai… Mais aux âmes bien nées, la chanson n’attend pas le nombre des portées ! N’en jetez plus, la voici ! Et c’est donc Wham qui nous la propose, et forcément elle nous parle de Noël… Fin 1984, le groupe nous offra Last christmas, douce bluette impromptue (elle ne figure sur aucun album), pétrie de bons sentiments. Une sorte d’OMNI (objet musical non identifié) qui remporta un immense succès et commença à sceller le sort du groupe. George Michael rêvait d’unc arrière solo, avec une image moins consensuelle…

Pour la petite histoire, un procès fut justement intenté George Michael, l’auteur de la chanson : il lui était reproché d’avoir plagié la chanson « Can’t smile without you » du chanteur Barry Manilow. le leader de Wham gagna le procès, mais reversa l’intégralité de ses droits d’auteur au profit des enfants d’Éthiopie, qui mouraient alors d’une terrible famine. Esprit de Noël, es-tu là ?

Nous vous souhaitons une excellente écoute de cette picachanson festive, spécialement dédiée à ST, qui en porte les stigmates jusque sur ses plus beaux T-shirts. Et… à dimanche prochain !


Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special

Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away (you gave it away)
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special (special)

Once bitten and twice shy
I keep my distance, but you still catch my eye
Tell me baby, do you recognize me?
Well, it's been a year, it doesn't surprise me

"Merry Christmas" I wrapped it up and sent it
With a note saying "I love you", I meant it
Now I know what a fool I've been
But if you kissed me now, I know you'd fool me again

Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away (you gave it away)
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special (special)

Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special (special)

Ohh
Oh, oh, baby

A crowded room, friends with tired eyes
I'm hiding from you and your soul of ice
My God, I thought you were someone to rely on
Me? I guess I was a shoulder to cry on

A face on a lover with a fire in his heart
A man under cover but you tore me apart
Ooh, ooh, now I've found a real love
You'll never fool me again

Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away (you gave it away)
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special (special)

Last Christmas I gave you my heart
But the very next day you gave it away
This year, to save me from tears
I'll give it to someone special
Special

A face on a lover with a fire in his heart (I gave you mine)
A man under cover but you tore him apart
Maybe next year we'll give it to someone
I'll give it to someone special
Special
So long...

Bonus

En 1985, la chanteuse Dalida sortit une reprise en français de cette chanson, avec de merveilleuses paroles écrites par Didier Barbelivien (décryptage pour les élèves : l’épithète contenu dans cette phrase a une portée ironique). Parce que dans la vie, il est bon d’assumer ce qu’on aime, et même ce qu’on adore détester… La voici.


Bonus n°2 :

Parce que bon, on ne va pas se quitter sur un malentendu… Oui, il existe des reprises convaincantes de cette chanson. Par exemple par le groupe niçois Hyphen hyphen (version audio uniquement) :

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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