In Picasso veritas n°5 : Fiat lux

Chaque jeudi, grâce à l'apport de M. Yakoubovitch, professeur de lettres classiques du collège, découvrez… une locution, un proverbe ou une citation latine ou grecque, et sa signification. Ces expressions, qui sont certes très anciennes, ont encore souvent beaucoup à nous transmettre, par leur justesse, leur à-propos et même… leur actualité. Et nous rappellent au passage que… nous parlons TOUS latin, sans même le savoir.

Fiat lux

Fiat lux est une phrase historique, et même, par définition, fondatrice. Il s’agit ici de la version latine, passée à la postérité, mais c’est au départ une phrase en hébreu (la langue historique du peuple juif), puisqu’il s’agit d’un extrait de la Genèse, le premier livre de l’Ancien testament, donc de la Bible, également contenu dans la Torah. En français, elle est traduite par « Que la lumière soit ». L’étude de cette formule est donc partie intégrante du programme de 6e en Français, qui s’intéresse notamment aux textes fondateurs.

C’est, dans la Genèse donc, une phrase primordiale, en sens premier de l’adjectif « primordial » : ce qui arrive en premier. Car, dans ce texte sacré des croyants des religions catholique et juive, cette phrase est la première prononcée par… Dieu, comme un ordre donné à lui-même lorsqu’il crée la lumière, au premier jour de la création du monde : « Que la lumière soit, et la lumière fut. »

En effet, la lumière est le symbole de la connaissance, de l’éveil au monde, du savoir. On parle ainsi d’être « éclairé », pour désigner la connaissance de quelque chose (« faire un choix éclairé »), et nous parlons d’ « illumination » lorsqu’une idée salvatrice nous vient.

Nous connaissons tous la métaphore visuelle de l’ampoule utilisée dans les bandes dessinées…

La lumière, dans toutes les religions, joue ainsi un rôle de liaison avec la foi : on allume des cierges dans les églises (et la fête de la « chandeleur » tire bien son nom des chandeliers qu’on y utilisait traditionnellement) ; la fête juive Hanoucca est dite « fête des lumières », et ponctuée par l’allumage progressif des bougies du traditionnel chandelier à neuf branches ; le Coran cite la révélation de Dieu faite au prophète comme « une lumière sur lumière » ; dans l’hindouisme, la méditation extrême mène également à la lumière, comme un chemin ultime vers la connaissance absolue : lorsque le mystique Ramakrishna entra en contemplation, on dit qu’il « il goûta la lumière jusqu’à en perdre conscience »… (Vertigineux paradoxe à déguster sans modération pour verser dans des abîmes de réflexion.)

Mais les philosophes se sont également emparés de cette métaphore de la lumière, creusant le paradoxe : Platon, avec le mythe de la caverne, donne l’image d’hommes des cavernes, enchaînés et tournant le dos à la lumière. Derrière ces prisonniers passent des objets qui font des ombres sur le mur de la caverne, et ces hommes, qui ne connaissent rien d’autre, prennent ces ombres pour la réalité. Mais, libérés de leurs chaînes, ces hommes se tournent vers la lumière, en sont éblouis et ne peuvent discerner la réalité…

Au XVIIIe siècle, les philosophes donnèrent à leur époque le nom de siècle des lumières, parce qu’ils éclairèrent l’esprit du monde. Mais aucun n’avait anticipé la révolution française. Lavoisier en paya le prix fort…

La lumière guidant donc nos pas vers le savoir et la sagesse… que la lumière soit !

La création de la lumière, gravure de Gustave Doré.

M. Leclerc

Administrateur du site du collège.

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